Entretien avec Christophe Fauchon. Les objectifs de l’Abibac

« Ce qui est visé, c’est un surcroît de citoyenneté : franco-allemande et européenne. »

Chargé de mission au ministère de l’Education nationale (DREIC) depuis 2010, Christophe Fauchon est en charge de la coopération éducative avec l’Allemagne. Il s’exprime sur l’Abibac, qu’il coordonne en partie.

Propos recueillis par Romain Bougourd [1]

Romain Bougourd : Comment la filière a-t-elle été mise en place et avons-nous des chiffres ?

Christophe Fauchon : Le texte officiel de mise en place est l’accord intergouvernemental du 31 mai 1994, dont la signature a suivi une expérimentation d’environ deux ans dans des établissements pilotes. Après la signature de l’arrangement administratif en mai 2006, l’accroissement du dispositif a ensuite été constant avec un objectif d’au moins un établissement Abibac par académie et par Land, atteint pour la France métropolitaine en septembre 2014. Le dispositif concerne aujourd’hui 87 établissements français.

R. B. Quels étaient et sont les objectifs de l’Abibac ?

C. F. : Il s’agissait de développer un enseignement bilingue et un programme d’excellence franco-allemand contribuant au rapprochement de nos systèmes éducatifs. Les programmes sont axés sur un renforcement de l’enseignement de la langue du partenaire et l’enseignement d’une matière en allemand/français : l’histoire, la géographie ou ce que les Allemands nomment les sciences politiques, c’est-à-dire les disciplines les plus à même de sensibiliser à la culture et à l’interculturalité des deux pays. Le rapprochement entre nos deux systèmes éducatifs, s’entend dans une perspective de construction européenne. Avec les projets de notre gouvernement actuel de réforme du baccalauréat français l’Abibac a, de ce point de vue, rendez-vous avec son destin, sur la question notamment de l’introduction d’une dose substantielle de contrôle continu.

R. B. Remarque-t-on des tendances géographiques ?

C. F. : On ne peut nier une évidente concentration géographique dans les zones frontalières : sur les 87 établissements Abibac en France, 18 se trouvent dans l’académie de Strasbourg et en R.F.A., 18 dans le Bade-Wurtemberg. Cela correspond aux besoins de ces régions, mais le dispositif est présent sur l’ensemble des territoires français et allemand, de Pau à Rostock.

R. B. Qu’offre la filière après le baccalauréat ?

C. F. : L’Abibac contribue à la démocratisation de l’excellence et constitue un bassin privilégié pour les cursus de l’Université Franco-Allemande (U.F.A.). Mais nous remarquons que, des deux côtés du Rhin, les élèves ne se précipitent pas toujours vers ces cursus et préfèrent commencer de très bonnes études dans leur pays respectifs, avant de revenir vers le franco-allemand au moment où l’U.F.A. propose des masters conjoints. En France, la réforme de la plateforme Admission post-bac qui devient cette année ParcourSup sera sans doute l’occasion d’appeler davantage l’attention sur les licences conjointes.

R. B. Le problème n’est-il pas plutôt la méconnaissance de cette U. F. A. ?

C. F. : Vous touchez juste mais c’est un peu plus compliqué qu’il n’y paraît, car l’U.F.A. est une agence de moyens qui soutient et finance les cursus franco-allemands mis en place par les universités, ce qui limite sa visibilité. En revanche, les enseignants Abibac connaissent l’U.F.A. et nous comptons engager avec eux et l’U.F.A. un travail de sensibilisation aux cursus eux-mêmes.

R. B. Y a-t-il des retombées diplomatiques de l’Abibac ?

C.F. : Oui, bien sûr, en contribuant, par exemple, à surmonter les différences de nos systèmes éducatifs. Sans le soutien des diplomates et l’extrême proximité de nos valeurs depuis l’après-guerre, nous n‘aurions sans doute jamais développé un Abibac. En formant d’excellents médiateurs franco-allemands, de futurs enseignants, chercheurs, traducteurs, interprètes, voire des diplomates d’avenir, ce qui est visé, c’est un surcroit de citoyenneté : franco-allemande et européenne.

* Aujourd’hui, en France, on compte 87 établissements pour 26 académies (hors Outre-mer), 1 574 candidats à l’examen en 2016 contre 547 en 2007, et sur l’ensemble du cursus depuis la Seconde, nous avions 3 795 élèves en 2010 et 5 401 l’an dernier 


[1] Ancien élève abibac (Le Raincy), Romain Bougourd achève ses études de journalisme. Il a publié des articles dans Le Monde et Le Figaro sur l’éducation et le sport.


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