L’Abibac, une même formation, des parcours différents

par Romain Bougourd, ancien élève abibac (Le Raincy). Romain Bougourd achève ses études de journalisme. Il a publié des articles dans Le Monde et Le Figaro sur l’éducation et le sport.

Après avoir obtenu le double bac français et allemand, les anciens élèves prennent des chemins différents, en lien ou non avec l’Allemagne et sa langue. Kinésithérapeute, consultant en informatique ou étudiants en management international, parcours de cinq double-diplômés.

             « La semaine dernière, deux candidatures ont été rejetées pour intégrer l’équipe parce que les personnes ne parlaient pas allemand », raconte Ludivine Herrmann, 25 ans, chargée de mission dans une entreprise de grande distribution allemande présente en France. La maîtrise de la langue est un atout indispensable pour l’exercice de son métier. « Les documents informatiques sont en partie en allemand, beaucoup de responsables en France sont Allemands et j’ai tous les jours des coups de téléphone avec la maison-mère en Allemagne », explique-t-elle. En poste en région parisienne depuis 2015, Ludivine Herrmann a suivi l’ensemble de sa scolarité en Alsace, dans des établissements franco-allemands. Après avoir obtenu un brevet binational en fin de collège, elle est entrée en section Abibac et a obtenu son baccalauréat français et son Abitur allemand en 2011. Si elle reconnaît que la formation n’a pas forcément amélioré son niveau d’allemand qui était déjà élevé, elle avoue que la mention Abibac et le double diplôme l’ont beaucoup aidée : « c’est une preuve de rigueur, de sérieux qui donne une bonne image. En plus, certaines formations universitaires le demandent ».

            La jeune Alsacienne semble être le pur produit de l’enseignement franco-allemand proposé aujourd’hui dans 82 établissements en France. Si depuis 2012, il existe au moins un établissement Abibac par académie, celles de Strasbourg et de Nancy-Metz en comptent respectivement dix-huit et sept. L’apprentissage de la langue et de la culture allemandes est une nécessité dans ces régions frontalières, au cœur de ce dispositif franco-allemand. Pour autant, il attire de jeunes élèves partout en France, souhaitant poursuivre leurs études en Allemagne ou à l’étranger. Car l’obtention de l’Abitur permet de postuler à des universités allemandes sans faire les démarches obligatoires d’un candidat non Allemand. « La reconnaissance d’un diplôme étranger n’est complète qu’après traduction et approbation, un processus qui dure au moins 4 semaines, ce qui empêche les futurs étudiants français de se présenter pour le semestre hivernal de l’année d’obtention du diplôme », explique Nathan Prouvost, 19 ans. Diplômé en 2016 dans un lycée de Lille, l’Abibac lui a ouvert les portes des formations allemandes. Il est aujourd’hui en seconde année de Bachelor de physique à l’université d’Hambourg.

Une orientation non déterminante

            Thomas Goldberg a aussi poursuivi ses études scientifiques en Allemagne grâce à l’Abibac. « Cela m’a facilité l’accession aux l’école de physiothérapie allemandes et m’a apporté un excellent niveau d’allemand pour l’ensemble de ma formation. Prendre la décision de partir en Allemagne n’était pas évidente, mais l’Abibac m’a donné assez de confiance en moi pour tenter ma chance » raconte-t-il. Pari gagné pour lui : il a récemment décroché un CDI dans un centre de rééducation à La Rochelle. S’il compte rester en France et s’y installer définitivement, ses trois années d’études de kinésithérapie à Balingen (Bade-Wurtemberg[M1] ) lui ont beaucoup apporté : « j’ai deux manières d’appréhender mes patients car il existe quelques différences entre les méthodes allemande et française, ce qui me permet d’avoir plus de choix pour adapter la meilleure thérapie à mon patient ».

Mais tous les doubles bacheliers n’exploitent pas forcément la double-culture. « L’Abibac n’a pas été déterminant dans mon parcours », explique François Beau, 23 ans, consultant en infrastructures réseaux pour une grande entreprise française. Double bachelier en 2012, François Beau a opté pour une classe préparatoire avant d’intégrer une école d’ingénieur. Des premières années durant lesquelles il n’a pas utilisé un mot d’allemand, si ce n’est « auprès de la grosse majorité de [ses] amis fan de musique métal car étant le seul à comprendre les musiques de Rammstein », s’amuse-t-il. S’il n’a plus de contacts avec l’Allemagne aujourd’hui, ce qu’il regrette, François Beau estime que la section a été « un plus dans sa construction personnelle ».

Une section prisée chez les scientifiques

            Pourtant, elle est très prisée des bacheliers scientifiques. En 2016-2017, sur les 3 397 élèves inscrits en Abibac en classe de 1ère et de Terminale, 2 108 suivent en filière scientifique, soit environ 62% des élèves. Lucie Chabanas fait partie de cette majorité de bacheliers scientifiques. Après avoir obtenue son double diplôme en 2013, elle a décidé de poursuivre dans un cursus binational en intégrant le programme franco-allemand de la NEOMA Business School de Reims. « L’Abibac m’a non seulement permis de poursuivre mes études en Allemagne et d’accéder à des opportunités professionnelles trilingues voire quadrilingues, mais également de faire un prestigieux Master anglophone international, grâce à mes connaissances en langues renforcées par l’apprentissage de l’allemand », assure-t-elle avec le recul. Passionnée de langues, Lucie Chabanas parle anglais, allemand, néerlandais et japonais en plus du français et voit son avenir à l’étranger : « peut-être au Japon ou ailleurs en Europe, les entreprises suisses sont très intéressées par l’aspect franco-allemand, mais la Belgique est un très grand marché dans mon domaine », hésite-t-elle.

Comme pour Ludivine Herrmann, Nathan Prouvost ou Thomas Goldberg, l’Abibac a ouvert des portes à Lucie Chabanas. Des portes que ces anciens élèves ont poussées grâce à leur profil bilingue, mais aussi grâce à une autre ouverture apportée par le cursus franco-allemand : celle de l’esprit, avec la découverte d’une autre culture. « Les Allemands ont une façon plus détendue de vivre. C’est pour cette raison que j’aimerais travailler là-bas », conclut François Beau.


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