L’Abibac, une même formation, des parcours différents

par Romain Bougourd, ancien élève abibac (Le Raincy). Romain Bougourd achève ses études de journalisme. Il a publié des articles dans Le Monde et Le Figaro sur l’éducation et le sport.

Après avoir obtenu le double bac français et allemand, les anciens élèves prennent des chemins différents, en lien ou non avec l’Allemagne et sa langue. Kinésithérapeute, consultant en informatique ou étudiants en management international, parcours de cinq double-diplômés.

             « La semaine dernière, deux candidatures ont été rejetées pour intégrer l’équipe parce que les personnes ne parlaient pas allemand », raconte Ludivine Herrmann, 25 ans, chargée de mission dans une entreprise de grande distribution allemande présente en France. La maîtrise de la langue est un atout indispensable pour l’exercice de son métier. « Les documents informatiques sont en partie en allemand, beaucoup de responsables en France sont Allemands et j’ai tous les jours des coups de téléphone avec la maison-mère en Allemagne », explique-t-elle. En poste en région parisienne depuis 2015, Ludivine Herrmann a suivi l’ensemble de sa scolarité en Alsace, dans des établissements franco-allemands. Après avoir obtenu un brevet binational en fin de collège, elle est entrée en section Abibac et a obtenu son baccalauréat français et son Abitur allemand en 2011. Si elle reconnaît que la formation n’a pas forcément amélioré son niveau d’allemand qui était déjà élevé, elle avoue que la mention Abibac et le double diplôme l’ont beaucoup aidée : « c’est une preuve de rigueur, de sérieux qui donne une bonne image. En plus, certaines formations universitaires le demandent ».

            La jeune Alsacienne semble être le pur produit de l’enseignement franco-allemand proposé aujourd’hui dans 82 établissements en France. Si depuis 2012, il existe au moins un établissement Abibac par académie, celles de Strasbourg et de Nancy-Metz en comptent respectivement dix-huit et sept. L’apprentissage de la langue et de la culture allemandes est une nécessité dans ces régions frontalières, au cœur de ce dispositif franco-allemand. Pour autant, il attire de jeunes élèves partout en France, souhaitant poursuivre leurs études en Allemagne ou à l’étranger. Car l’obtention de l’Abitur permet de postuler à des universités allemandes sans faire les démarches obligatoires d’un candidat non Allemand. « La reconnaissance d’un diplôme étranger n’est complète qu’après traduction et approbation, un processus qui dure au moins 4 semaines, ce qui empêche les futurs étudiants français de se présenter pour le semestre hivernal de l’année d’obtention du diplôme », explique Nathan Prouvost, 19 ans. Diplômé en 2016 dans un lycée de Lille, l’Abibac lui a ouvert les portes des formations allemandes. Il est aujourd’hui en seconde année de Bachelor de physique à l’université d’Hambourg.

Une orientation non déterminante

            Thomas Goldberg a aussi poursuivi ses études scientifiques en Allemagne grâce à l’Abibac. « Cela m’a facilité l’accession aux l’école de physiothérapie allemandes et m’a apporté un excellent niveau d’allemand pour l’ensemble de ma formation. Prendre la décision de partir en Allemagne n’était pas évidente, mais l’Abibac m’a donné assez de confiance en moi pour tenter ma chance » raconte-t-il. Pari gagné pour lui : il a récemment décroché un CDI dans un centre de rééducation à La Rochelle. S’il compte rester en France et s’y installer définitivement, ses trois années d’études de kinésithérapie à Balingen (Bade-Wurtemberg[M1] ) lui ont beaucoup apporté : « j’ai deux manières d’appréhender mes patients car il existe quelques différences entre les méthodes allemande et française, ce qui me permet d’avoir plus de choix pour adapter la meilleure thérapie à mon patient ».

Mais tous les doubles bacheliers n’exploitent pas forcément la double-culture. « L’Abibac n’a pas été déterminant dans mon parcours », explique François Beau, 23 ans, consultant en infrastructures réseaux pour une grande entreprise française. Double bachelier en 2012, François Beau a opté pour une classe préparatoire avant d’intégrer une école d’ingénieur. Des premières années durant lesquelles il n’a pas utilisé un mot d’allemand, si ce n’est « auprès de la grosse majorité de [ses] amis fan de musique métal car étant le seul à comprendre les musiques de Rammstein », s’amuse-t-il. S’il n’a plus de contacts avec l’Allemagne aujourd’hui, ce qu’il regrette, François Beau estime que la section a été « un plus dans sa construction personnelle ».

Une section prisée chez les scientifiques

            Pourtant, elle est très prisée des bacheliers scientifiques. En 2016-2017, sur les 3 397 élèves inscrits en Abibac en classe de 1ère et de Terminale, 2 108 suivent en filière scientifique, soit environ 62% des élèves. Lucie Chabanas fait partie de cette majorité de bacheliers scientifiques. Après avoir obtenue son double diplôme en 2013, elle a décidé de poursuivre dans un cursus binational en intégrant le programme franco-allemand de la NEOMA Business School de Reims. « L’Abibac m’a non seulement permis de poursuivre mes études en Allemagne et d’accéder à des opportunités professionnelles trilingues voire quadrilingues, mais également de faire un prestigieux Master anglophone international, grâce à mes connaissances en langues renforcées par l’apprentissage de l’allemand », assure-t-elle avec le recul. Passionnée de langues, Lucie Chabanas parle anglais, allemand, néerlandais et japonais en plus du français et voit son avenir à l’étranger : « peut-être au Japon ou ailleurs en Europe, les entreprises suisses sont très intéressées par l’aspect franco-allemand, mais la Belgique est un très grand marché dans mon domaine », hésite-t-elle.

Comme pour Ludivine Herrmann, Nathan Prouvost ou Thomas Goldberg, l’Abibac a ouvert des portes à Lucie Chabanas. Des portes que ces anciens élèves ont poussées grâce à leur profil bilingue, mais aussi grâce à une autre ouverture apportée par le cursus franco-allemand : celle de l’esprit, avec la découverte d’une autre culture. « Les Allemands ont une façon plus détendue de vivre. C’est pour cette raison que j’aimerais travailler là-bas », conclut François Beau.


Gwendoline à la Waldorfschule de Kempten

par Gwendoline Trémenec, lycée Félix Faure, Beauvais

            Je suis partie en Allemagne en fin de seconde pendant trois mois dans le cadre d’un programme Brigitte Sauzay. J’ai posté une annonce sur le site de l’OFAJ afin de trouver une correspondante. Après avoir échangé quelques mails et fixé nos dates, j’ai pris le train pour Kempten alors que je ne savais ni à quoi ressemblait ma corres ni si j’allais arriver au bon endroit. En descendant du train, je me suis sentie très vite perdue mais heureusement, ma corres est venue vers moi et m’a demandé :« C’est bien toi ma corres française ? Comment est-ce qu’on prononce ton prénom ? » Ce furent les premiers mots qu’on échangea, et bien que je lui aie expliqué comment bien prononcer mon prénom, elle n’a jamais su le dire correctement, aucun Allemand d’ailleurs.

            Dès que je suis entrée dans la maison, je me suis tout de suite sentie chez moi. Sa famille m’a très bien accueillie et je me suis intégrée très facilement. Ses parents s’intéressaient beaucoup à la France, au français, à ma façon de vivre. J’aidais souvent sa mère, que ce soit pour cuisiner ou pour jardiner car vivant dans une ferme, la main d’œuvre est toujours la bienvenue.

            Mon premier jour à l’école a été à la fois surprenant et perturbant. Quand tous les élèves sont entrés en classe et se sont installés à leur place, le professeur allume une bougie pour réciter le Morgenspruch. Ensuite, les cours s’organisent d’une manière bien particulière. Les matières sont enseignées sous forme d’Epoche, c’est-à-dire qu’elles sont enseignées deux heures par jour par cycles de trois semaines. Les classes comprennent peu d’élèves et ne changent pas de la 1ère à la 12e classe. Les élèves sont donc très proches les uns des autres ce qui permet une bonne entraide.

            En France, notre système est basé sur la réussite et la compétitivité, l’école de ma corres sur un tout autre fondement. La Waldorfschlule est fondée sur la philosophie de Rudolf Steiner. Selon lui, l’Homme est un tout. Il a autant besoin de savoir se servir de ses mains que de son cerveau. Beaucoup de temps est donc consacré aux travaux manuels. J’ai eu l’occasion d’apprendre à tricoter, coudre, souder, scier tout en participant à la vie de l’école et à des projets de classe tels que construire des cabanes pour les plus petits ou fabriquer des lampes. L’art a également un rôle primordial dans cet enseignement. Les élèves font beaucoup de poésie, de théâtre, de musique, de chant, de dessin et d’eurythmie. L’eurythmie est un mélange entre du théâtre, de la danse et de la méditation qui vise à réfléchir sur son être et à se sentir bien dans son corps grâce à des mouvements. J’ai par exemple appris à danser mon prénom et les planètes. La première fois que j’ai assisté à un cours d’eurythmie, j’ai rigolé toute l’heure tellement ça m’a paru ridicule mais après y avoir participé, ça m’a tout de suite paru beaucoup plus intéressant et j’ai compris que c’était bien plus qu’une simple gestuelle.

            Ma corres habite en Bavière, une région bien particulière de l’Allemagne. Les traditions sont très ancrées dans la culture et les Bavarois en sont fiers. Il n’est pas rare de voir des gens dans la rue, habillés de tenues traditionnelles par exemple. L’accent est très prononcé et beaucoup de personnes parlent le bavarois ou le souabe, même les plus petits. J’ai donc pu apprendre quelques mots et expressions : en Bavière, on ne dit pas « Guten Tag » mais « Grüß Gott », « Wo bist du ? » devient « Wo bisch ? » et « essen » se prononce « essne ».

            Partir en Allemagne a été pour moi bien plus qu’un voyage linguistique. Vivre dans un autre pays pendant trois mois m’a fait prendre conscience de beaucoup de chose, que ce soit sur moi-même ou sur la France. Par exemple, j’ai vu une autre façon de voir le monde grâce à la Waldorfschlule, qui vise à n’apprendre que l’essentiel, au contraire des écoles françaises où l’on enseigne des matières beaucoup plus abstraites qui sont inutiles dans la vie de tous les jours et qui de plus stressent les élèves et ne laissent presque aucune place aux loisirs. J’ai également appris à être plus tolérante vis-à-vis des handicapés. Bien que je n’avais rien contre eux auparavant, les côtoyer tous les jours à l’école et faire des activités avec eux m’a fait grandir et j’ai pu apprécier de les aider. L’Allemagne m’a aussi fait réfléchir sur mes habitudes alimentaires. Les Allemands sont plus ouverts au végétarisme et au véganisme, ce qui m’a fait prendre conscience que la viande n’est pas indispensable. Mais avant tout, ce fut une expérience inoubliable qui m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes, de découvrir une autre façon de vivre et de nouveaux horizons.

Sauzay et Tübingen

par Anaïs, Lycée Félix Faure de Beauvais

Je m’appelle Anaïs, je suis partie en avril 2017 (durant mon année de seconde) pendant un mois en Allemagne, dans le cadre de l’échange Brigitte Sauzay. J’ai envoyé ma candidature à l’Académie, par laquelle j’ai été contactée par la suite pour une proposition de correspondante.

Je suis partie en voiture avec ma mère et ma sœur qui ont dormi une nuit à Tübingen. Nous avons été très bien accueillies par la famille de Theresa (ma correspondante). Les Allemands sont des hôtes en général très chaleureux. Nous avons tous ensembles visité Tübingen et le lendemain un petit château aux environs.

J’allais tous les jours à l’école à vélo, et n’avais que deux jours par semaine où j’avais école l’après-midi. Je trouve les cours allemands plus productifs que les nôtres, ils ont 45 minutes au lieu d’une heure et produisent le même travail en ayant 15 minutes de moins. Tous les élèves de la classe ont été très sympathiques avec moi et m’inséraient dans leurs groupes de travail notamment. J’étais dans la même classe que ma correspondante, tout en étant souvent avec ses amis ce qui nous a permis de très bien nous entendre durant ce mois. Au-delà de l’école, j’ai découvert la vie quotidienne allemande, des habitudes alimentaires au mode de vie en général.

J’ai beaucoup échangé avec la maman de Theresa qui s’est occupée de moi comme de sa propre fille. La famille de Theresa m’a permis de découvrir de superbes endroits, j’ai passé 3 jours à Berlin pour les « Kirchentag » (jours d’église) très populaires en Allemagne, lors desquels j’ai pu apercevoir Barack OBAMA ou encore Angela MERKEL, et visiter Berlin.

Je conseille bien entendu à toutes celles et tous ceux qui hésitent encore ou ont peur de partir, de sauter le pas, c’est une expérience à vivre et quand on en a la possibilité, c’est dommage de s’en priver. J’ai le sentiment d’avoir progressé en Allemand, et cela m’a beaucoup aidé pour la compréhension de l’oral.

            Cet échange m’a été très bénéfique que ce soit d’un point de vue humain, culturel ou encore linguistique.

Ode à l’Abibac, par Nashine Dorrani, du lycée Jean Dautet de La Rochelle

J’ai eu le plaisir de faire partie d’une classe Abibac. J’insiste sur le mot plaisir et oh quel plaisir ce fut ! D’abord réticente en troisième, je me suis finalement laissée tenter par l’aventure. J’insiste également sur le terme aventure. En effet, je vous mets en garde : L’abibac ce n’est pas n’importe quoi. Pendant trois années, on subit une émulation constante, une pression créatrice due à une importante charge de travail mêlée à une ambiance de groupe incomparable. Un navire de vingt-quatre élèves et deux professeurs, en route vers l’Abitur. Et c’est vrai qu’on y arrive, finalement, à cet Abitur tant convoité. Mais comme dans chaque voyage, ce qu’on retient, c’est le trajet. Et quel riche trajet, que dis-je, périple ! De nombreuses escales en Allemagne, tout naturellement : six mois pour certains, trois pour d’autres, puis plusieurs fois une semaine. On se noie dans les déclinaisons, on sombre dans les méandres des analyses de texte. Mais l’équipage est toujours là pour nous sortir de l’eau. Ça reste et restera une des constantes universelles de l’Abibac : nous ne sommes pas seuls, et heureusement.

J’ai fait mon Abibac au lycée Jean Dautet de La Rochelle, qui a pour spécificité d’encourager très fortement les élèves de seconde à partir en Allemagne pour un minimum de trois mois. La majorité part pendant six. On comprend donc dès le mois de septembre qu’on va vivre trois années singulières. Vers la fin du mois de janvier, les premiers départs commencent. La classe se vide au compte-goutte. Les au-revoirs se succèdent. Nous nous retrouvons tous catapultés dans des familles inconnues, avec pour seule mission : survivre. Bien sûr, passées les angoisses des premiers jours, les langues se délient mais parfois très difficilement, surtout que ce ne sont pas les mêmes, ces langues ! Il est évident que l’apprentissage « sur le tas » est efficace, même si radical, si bien que très vite, on se surprend à ne même plus réfléchir avant d’ouvrir la bouche, à ne pas devoir répéter pour être compris, ou même à rêver dans la langue de l’autre. C’est plaisant, on est fier, on se dit qu’on n’est pas venu pour rien. Alors on communique plus librement, les camarades deviennent des amis et on s’attache à notre vie germanique. Parfois un peu tard : il faut déjà repartir. Pas seul bien sûr ! On est désormais à la charge de notre correspondant.

Nous arrivons alors en classe en Première, nous retrouvons nos amis et nos marques dans une ambiance assez étrange. Un temps d’adaptation est toujours nécessaire. C’est alors reparti pour une année riche, en travail bien sûr, en émotions surtout. On enchaîne les œuvres au programme et les thèmes de civilisation, les dossiers sur l’Europe et les exposés d’histoire. La classe de première laisse place à la classe de Terminale, accompagnée de tout son lot d’échéances : bac, abitur, admissions etc. La pression monte d’un cran, les nuits se raccourcissent, les cernes se rallongent. Parfois des larmes coulent : rarement de tristesse, parfois de joie, souvent de rire. On se rend compte que le temps passe vite, que les derniers moments approchent et alors, on ne sait pas exactement si on voudrait accélérer ou ralentir le temps. Ce qu’on sait, ce qu’on voit, ce sont les échéances et les piles de cours qu’il nous reste à apprendre. Finalement, les épreuves se passent, on y a été suffisamment préparé donc elles se passent même bien et on réalise que c’est la fin de l’Abibac. On était assis sur une chaise, trois ans plus tôt, entourés de personnes inconnues, se demandant si on n’aurait pas mieux fait d’aller dans son lycée de secteur et en un claquement de doigt, on se tient, debout sur l’estrade, notre tant convoité diplôme de l’abitur dans les mains, entourés de visages connus et aimés, se demandant où le temps a bien pu passer.

Aujourd’hui, exactement quatre ans après ma rentrée en seconde, je m’apprête à emménager dans ma colocation en Allemagne. Je suis maintenant un cursus franco-allemand de chimie à l’université de Haute Alsace et à l’Albert-Ludwigs Universität Freiburg. Et quand il sera terminé, j’en parlerais avec autant de joie et de plaisir que l’Abibac. J’insiste sur le mot plaisir et oh quel plaisir ce fut !

De l’Abibac au double-diplôme universitaire d’études interculturelles franco-allemandes, par Sarah Bronsard, promo 2017, Lycée Faidherbe de Lille

Lille – Au bout de trois formidables années passées dans la classe Abibac du lycée Faidherbe de Lille, j’obtiens le double-diplôme franco-allemand en 2017. Le travail intense, l’ambiance agréable, l’excellent niveau des cours ; c’est tout un cycle qui touche à sa fin.

Confortée dans ma passion pour les relations franco-allemandes, je suis certaine de vouloir continuer dans ce domaine. Ayant la double nationalité, la culture binationale a toujours joué un rôle central dans ma vie, ce qui m’a amenée à choisir la voie de la continuité. C’est la raison pour laquelle j’ai opté pour un double diplôme franco-allemand dans le supérieur.

Je suis à présent en troisième année du double diplôme Licence/Bachelor d’études interculturelles franco-allemandes. Ce cursus intégré labellisé par l’université franco-allemande (UFA) est proposé par l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et s’effectue en collaboration avec la Freie Universität Berlin. Il constitue par ailleurs le seul cursus intégré de ce champ disciplinaire et de ce niveau implanté respectivement à Paris et à Berlin.

Chacune des deux universités partenaires offre chaque année 10 à 12 places, pouvant donc accueillir 20 à 24 étudiants chaque année.

L’Abibac : une préparation idéale

En effet, ce cursus est sélectif, les places sont limitées et la sélection est opérée par un jury international. Pour être capable de suivre les cours en allemand à Berlin, un très bon niveau d’allemand est exigé. L’Abibac constitue donc une préparation idéale tant sur le plan linguistique que sur le contenu des cours. Les cours d’histoire franco-allemande dispensés en classe de première et de terminale étaient particulièrement utiles en vue de ce qui m’attendait en L1.

Au-delà des connaissances, je retrouve dans ce cursus une ambiance et un encadrement similaire à la classe d’Abibac : l’organisation d’ateliers interculturels dans les deux villes permettent de renforcer la cohésion de groupe à travers la découverte de secteurs culturels et de métiers spécifiques du franco-allemand, tout comme des projets collectifs menés en troisième année.

Quels sont les enseignements dispensés ?

La licence d’études interculturelles franco-allemandes se caractérise avant tout par sa pluridisciplinarité.  Elle comprend des enseignements de langue et de littérature, de sociétés et cultures, de traduction, de droit (français, allemand, européen) et de science politique. Une attention particulière est par ailleurs accordée à l’étude des relations politiques et culturelles franco-allemandes et à l’apprentissage d’une nouvelle langue ou l’approfondissement des connaissances d’anglais est conseillé.

Un stage obligatoire – une démarche professionnalisante

Pour valider la licence, nous devons obligatoirement faire un stage dans le pays de la langue cible, en l’occurrence un pays germanophone.

Le meilleur moment ? Les « vacances » inter-semestrielles, appelées « vorlesungsfreie Zeit » en Allemagne. La plupart des étudiants du côté parisien ont en effet effectué leur stage à partir du mois de février de la L2, tandis que d’autres ont choisi d’étaler les heures pendant le semestre. Quelle que soit la période choisie, l’important est de respecter le volume horaire de 240 heures de travail, ce qui correspond à 6 semaines de stage.

Les lieux choisis ? L’approche pluridisciplinaire de la licence laisse une grande marge de liberté. Des maisons d’édition, des rédactions de presse, des librairies sont des exemples dans le secteur littéraire. Des orientations politiques sont tout à fait possibles, comme un stage à l’Ambassade de France en Allemagne. Bien sûr, des stages facultatifs sont également encouragés.

Attirée par le journalisme dans le domaine franco-allemand, j’ai obtenu un stage à la deuxième chaîne de télévision allemande (ZDF) dans le bureau de la capitale, où j’assisterai l’équipe de l’émission d’investigation politique Frontal 21.

L’année de mobilité à Berlin

Après avoir passé la première année à Paris, nous nous sommes tous retrouvés à la Freie Universität Berlin pour notre deuxième année. C’était une année très enrichissante à tous points de vue.

Tout d’abord sur le plan linguistique : parler allemand au quotidien, à l’université, mais aussi en dehors du cadre académique est un atout primordial pour faire des progrès considérables en peu de temps. C’est l’occasion de mettre en pratique ses connaissances théoriques et de s’imprégner davantage de la « mélodie de la langue ». Bien sûr, le passage en Abibac constitue là aussi une excellente préparation, surtout si vous avez eu l’occasion de participer au programme Voltaire ou Brigitte Sauzay. 

Culturellement, le séjour à Berlin permet de se forger une opinion plus concrète de la vie quotidienne des habitants et d’observer les différences interculturelles entre les deux pays. Ce sont des éléments que l’on n’apprend pas en cours, mais seulement au contact avec la réalité, ce qui est à mon sens particulièrement important. Et parfois, certains clichés se confirment …

Par ailleurs, de nouvelles amitiés se créent, permettant ainsi un réel échange binational. Vivre à Berlin est en effet très agréable. C’est une ville verte, parsemée de parcs et entourée de lacs dans lesquels les Berlinois aiment se baigner en été. Très cosmopolite, Berlin est selon moi la capitale mondiale de la « culture alternative » – l’art, les squats, les quartiers comme Kreuzberg ou Neukölln témoignent d’un mode de vie à l’opposé de Paris. Les adeptes de l’alimentation végan et des vêtements vintage de seconde main y sont nombreux !

L’immersion dans un autre système universitaire a sans doute représenté l’expérience la plus intéressante, tellement les différences sont nombreuses. Les méthodes d’enseignement axées sur l’oral, la mentalité des étudiants, la structure des semestres ou encore la grande autonomie dont disposent les étudiants ne sont que quelques exemples parmi d’autres.

A Berlin, nous avions essentiellement des cours de littérature et de droit, pour lesquels une bonne maîtrise de la langue était essentielle. Même si certains cours étaient destinés à des étudiants étrangers, nous assistions également à des cours de droit dispensés à de futurs juristes, ce qui supposait une adaptation rapide.

Quant au financement, nous disposions tous d’une bourse Erasmus et d’une bourse de l’UFA qui soutient activement ce cursus. Ainsi, la majorité des frais étaient couverts.

Quels sont les débouchés ?

Comme le suggère le choix des stages et la diversité des enseignements dispensés tout au long du cursus, les débouchés sont en effet très variés. Les métiers sur lesquels peut déboucher le cursus sont ceux des acteurs et médiateurs des relations franco-allemandes et de la formation, de l’édition, du tourisme et de l’administration publique et privée. Nombreux sont ceux qui se spécialisent en master, tandis que d’autres intègrent de grandes écoles comme Sciences Po ou l’ENA.

A titre d’exemple, le master de journalisme franco-allemand international en partenariat avec l’université Gutenberg de Mayence vient d’être créé et se place en continuité de la licence. Beaucoup de personnes diplômées de ce cursus travaillent aujourd’hui pour un média allemand, la ARD, Deutsche Welle ou encore Deutschlandfunk, d’autres dans l’organisation de projets culturels, en tant que traducteurs ou enseignants.

A l’issue de la licence, je souhaiterai m’engager dans les affaires européennes. La classe d’Abibac puis le double diplôme franco-allemand actuel ont permis de me spécialiser dans les relations binationales, ce qui constitue un atout incontestable pour une carrière internationale.

Si vous êtes passionné par les relations franco-allemandes, que vous souhaitez suivre une formation pluridisciplinaire débouchant à terme éventuellement dans les secteurs culturels, alors cette licence est faite pour vous.

Les études de droit en France et en Allemagne par Etienne Fritz, du lycée Charles de Gaulle de Dijon, promo 2016

Le cursus en droit français et allemand de l’Université Panthéon Sorbonne de Paris et de l’Université de Cologne m’a offert l’opportunité de continuer mes études franco-allemandes après l’AbiBac que j’ai obtenu en 2016.

Ce parcours est divisé en deux années à Cologne au cours desquelles les étudiants apprennent les bases du droit allemand puis en deux années à Paris durant lesquelles les étudiants apprennent les bases du droit français. Ils peuvent se spécialiser dans la branche de Master qu’ils souhaitent lors de la quatrième année. En tant que français ce fut une véritable chance pour moi de pouvoir directement commencer mes études en Allemagne car cela m’a permis de maintenir mon niveau d’allemand atteint en AbiBac.

De plus on ne perd pas de temps, tant en France qu’en Allemagne. On obtient le diplôme du Master 1 à la fin de ces quatre années d’études bien qu’ayant étudié pendant deux ans en Allemagne. À travers la connaissance de deux cultures, deux approches juridiques, l’étudiant atteint une certaine ouverture d’esprit et de meilleures compétences, même en évoluant dans sa seule sphère nationale. Cette expérience n’aurait pas été possible sans un double bac et s’inscrit ainsi dans sa parfaite continuité.

Le droit étant fondamentalement national, on peut se demander quel est le but recherché par un tel cursus. Il est très simple :

D’une part, l’intégration juridique très aboutie de l’Union Européenne représente un avantage tout particulier pour des juristes capables de comprendre deux systèmes européens.

D’autre part, agissant dans son système national en droit national, l’étudiant bénéficie d’une ouverture exceptionnelle liée à sa connaissance d’un droit étranger.

Enfin ce cursus m’a permis de découvrir deux façons d’étudier différentes et a beaucoup augmenté mon efficacité dans le travail.

Pour toutes ces raisons je serai éternellement reconnaissant d’avoir pu faire un double bac et d’avoir pu poursuivre mes études dans un tel cursus alliant la connaissance de deux pays, deux cultures, deux langues, et deux pratiques professionnelles.

De l’Abibac à la double licence d’Allemand et de Lettres Modernes à Paris IV, par Marine Ducoin, du lycée Nelson Mandela de Nantes, promo 2019

Je suis Marine, j’ai 18 ans et je viens tout juste de faire ma rentrée en L1, en double licence d’Allemand et de Lettres-Modernes, dans un cursus en partenariat avec l’Université de Bonn. En juillet dernier, j’ai reçu mon diplôme de l’Abibac au lycée Nelson Mandela à Nantes. Avoir eu la chance d’effectuer ce cursus au lycée m’a permis de m’enrichir d’un point de vue scolaire mais aussi d’un point de vue purement personnel, en effet, grâce à l’Abibac, j’ai pu acquérir des connaissances grammaticales en Allemand et des clefs pour étudier et comprendre des textes en version originale, ce qui s’avère très utile pour ce premier semestre en LLCER d’Allemand. Par ailleurs, j’ai pris l’habitude pendant ces trois dernières années d’avoir des heures de cours uniquement en Allemand (Histoire et Géographie) ce qui me permet aujourd’hui d’avoir un certain confort au niveau de la compréhension de la langue mais également une certaine liberté dans la prise de parole et la prise de notes en Allemand. Je pense qu’en Abibac, on apprend aussi à travailler de manière autonome et efficace, à s’organiser dans la charge de travail qui s’impose et la bonne ambiance dans la classe ainsi que l’écoute offerte par les enseignant.e.s chargé.e.s de ce cursus fait que tout se déroule à merveille. De plus, j’ai eu la possibilité de participer à plusieurs échanges, dont un « Brigitte Sauzay » en Seconde, encore une fois, c’est une expérience enrichissante qui nous permet de progresser dans la langue en elle-même, de perfectionner notre accent et de rencontrer des Allemands, de nouer des liens avec la famille d’accueil et avec le ou la correspondante et bien sûr d’en apprendre plus sur l’Histoire de l’Allemagne. En Première, j’avais pu participer à un projet franco-allemand, financé par l’OFAJ, en devenant Jury Jeune lors du Festival du Cinéma allemand à Nantes, ce qui m’a permis par la suite d’assister au Festival du Cinéma Max Ophüls à Sarrebruck et donc de découvrir des films allemands récents, de rencontrer des jeunes Allemandes de mon âge avec lesquelles j’ai gardé contact et de visiter la ville de Sarrebruck. Je pense que lors de la sélection qui se fait via Parcoursup, les enseignant.e.s qui recrutent dans des filières spécifiques ou à forte demande sont sensibles aux élèves qui sortent d’un cursus Abibac et d’autant plus si ces derniers demandent un parcours qui s’inscrit dans la continuité de ce qu’ils ont pu effectuer au lycée, donc cela ne peut être que bénéfique pour la poursuite d’études.